Sven de Rennes
Les "p'tits mecs" de Rennes à l'assaut du monde.

Au regard de l'histoire, il est dans le tempérament des bretons de partir à la découverte du monde. Cette fois ce sont les p'tits mecs de Sven de Rennes, qui vérifie ce trait de caractère. Il est l'un des illustrateurs issus de la nouvelle génération de dessinateur gay, et grâce notamment à internet, ses fans se comptent déjà bien au-delà de nos frontières.
Vous l'avez remarqué, exceptionnellement pour vous souhaitez la bienvenue en 2006, nos "Wag Lad" ont cédé leur place en couverture à l'un de ses P'tit Mecs. Nous lui laissons donc la parole, il est le "leader du mois, interview Sven de Rennes.


Comment as-tu rencontré le Dessin? As-tu une idole dans le domaine?
Je me souviens d’un dessin animé d’Hanna Barbera que je regardais étant petit et dans lequel un peintre avait le pouvoir de s’échapper de toutes les situations en dessinant en 3D tous les objets dont il avait besoin. Le dessin m’est alors apparu comme une sorte de « pouvoir magique », le moyen de matérialiser ce que j’avais en tête et de le faire partager.
Ensuite j’ai découvert la BD, par le biais de magazines tels que le « Journal de Tintin » et l’école de la ligne claire Belge, les mangas et aussi les comics américains (X-Men etc.).
Pour ce qui est des influences, elles sont multiples. ca peut aller des « maîtres » du fantastique tels que Moebius pour son imagination délirante, Loisel et la sensibilité de son trait, Schuiten et la folie de ses décors, à l’humour du magazine « Fluide Glacial ». Dans un domaine plus gay, j’aime beaucoup l’univers fantastique de l’Espagnol Ismaël Alvarez, ou les situations tendres et le trait réaliste de l’Américain Joe Phillips, en passant par l’humour de Ralph Koenig.
Le dessin a donc toujours été pour moi le moyen de faire partager mes émotions, mon univers, et je crois bien que j’ai toujours voulu devenir illustrateur.

Ton univers a longtemps été ce lui de la SF, du fantastique. Alors, quel pont as-tu trouvé avec l'univers GAY?
En fait j’ai toujours dessiné les deux univers en parallèle. J’ai une vraie fascination pour la Science Fiction et le Fantastique et je souhaitais me faire connaître dans ce domaine là. J’avais crée tout un monde autour du mythe de l’Atlantide. Et puis, d’un autre côté, je m’amusais à représenter mes fantasmes en dessins sans chercher à le rendre « public ». L’appréhension de me « griller » comme dessinateur en faisant ce genre d’illustrations, et le fait de franchir le pas en assumant publiquement ma sexualité n’étaient pas évidents au départ.
Et puis, il a quatre ans, mes amis, mon entourage et une belle histoire d’amour que j’ai vécue m’ont poussés à faire partager ces dessins. J’ai donc crée mon site Web en prenant le pseudonyme de Sven, et à ma plus grande surprise mes dessins ont vite commencé à se faire connaître. Au départ, j’avoue que je faisais ça surtout pour m’amuser et progressivement c’est devenu pour moi une véritable affirmation de mon homosexualité sur le plan artistique.

Que penses-tu de la nouvelle génération de dessinateur GAY? Et pourquoi selon toi a-t-il fallu attendre longtemps l'après Tom of Finland?
Tom of Finland a vraiment été le précurseur dans l’illustration gay et il est resté une référence dans les années 70 et 80. La société a changé entre temps, l’image des homosexuels et la communauté gay elle-même ont évolués, elle est devenue plus diverse et je pense que chaque dessinateurs actuel en expriment des aspects différents.
De mon côté je me situe plus dans un univers coloré et assez romantico-kitsch, idéalisé, tendre et souriant qui correspond à une partie de la communauté homosexuelle.
Sven de RENNES, c'est juste un pied de nez, un hommage au maître, ou juste la volonté de mettre en avant tes racines?
D'ailleurs, c'est dans les rues de Rennes que tu trouves ton inspiration? Qu'aimes-tu dans cette ville? Et que regrettes-tu concernant Rennes?

Oui c’était une façon amusante de placer Rennes dans mon pseudonyme. Je reçois pas mal de mails d’un peu partout et j’ai toujours un petit sourire quand je reçois un «Dear Mr. De Rennes»… C’est une ville où je vis depuis pas mal d’années, j’y suis né et je reconnais y être attaché. C’est une ville que j’ai toujours trouvée ouverte et plutôt tolérante, qui bouge pas mal tant sur le plan gay que d’un point de vue culturel, associatif ou étudiant.
C’était aussi une façon en effet de mettre en avant mes racines bretonnes tout en les associant à mon univers. J’ai eu l’occasion d’exposer quelques fois à Paris, et je suis toujours surpris et amusé quand on me demande « mais vous vivez toujours à Rennes ? » et qu’on me regarde avec stupeur quand je réponds qu’il y a une vie aussi hors de la Capitale.
Comment définirais-tu l'évolution de tes "P'tit Mecs" avec le temps?
Au départ, c’était plutôt l’érotisme des situations qui m’intéressait, je m’amusais à dessiner des personnages dans des situations décalées ou intimes. Puis, avec le temps, je suis parti vers d’autres directions. J’aime jouer avec les « clichés » et les stéréotypes gays, les détourner ou les parodier. J’essaye toujours d’intégrer une pointe d’humour dans la plupart de mes illustrations.
Mais je ne veux pas me fixer de limites dans les thèmes que j’aborde. Je dirais que ça va un peu au gré de mes humeurs et envies du moment. Je peux aussi parfois dessiner des scènes plus tristes ou mélancoliques. Avec le temps, je m’attache de plus en plus aux décors et au contexte ainsi qu’à l’ambiance du dessin (couleurs, lumières), je veux que mes illustrations soient vivantes et que le spectateur puisse facilement se situer et se ballader dans la scène que je représente.
Tu travailles souvent pour le milieu Gay, illustration de couverture de romans, campagne de Pub pour l'internet… l'idée de communauté gay est-elle importante pour toi?
Elle l’est, mais dans la mesure où c’est aussi une communauté riche et variée. Il n’y a pas un type d’homosexuel ou de comportement spécifiquement gay. Nos avons tous des aspirations, des idéaux ou des attitudes très différentes. Dans mes dessins, j’en donne une image assez jeune, lisse, souriante et très idéalisée, mais la réalité me semble assez différente. On vit dans un monde de plus en plus dur, et je le ressens aussi dans la «communauté gay», à travers la peur de l’engagement, ou la multiplication des possibilités de rencontres (chats Internet, lieux de rencontres, saunas etc.). Les relations deviennent de plus en plus soit de la simple consommation de sexe, soit des relations « kleenex » dans lesquelles on confond souvent l’envie d’aimer avec l’amour véritable qui lui demande du temps, des concessions et un vrai travail sur soi-même.

Tes projets pour 2006 et au-delà…
Pour ce qui est des expositions, j’espère avoir l’occasion d’exposer sur Paris et Nantes prochainement, mais il n’y a rien de sûr encore, et j’en parlerai sur mon site. Par contre, j’expose à la librairie « les Mots à la Bouche » à Paris fin Juin et début juillet au moment de la Gay Pride.
Début 2006, j’envisage de mettre des affiches en vente sur mon site ainsi que des objets du genre Mugs, Tapis de souris etc. Je vais sans doute reprendre aussi les BD sur mon site, mais certaines seront en accès payant. Je travaille également sur une série de dessins sur les signes du zodiaque avec mes « p’tits mecs ».
J’ai également un album reprenant toutes mes illustrations qui devrait sortir dans les mois qui viennent.

 Toutes les infos sur: www.svenderennes.com