Gaël: La nouvelle sensation du net

GAËL c'est un duo Franco-Catalan. Antoni, Catalan de Barcelone, compose la musique et les arrangements. Gaël écrit les paroles, co-compose la musique, il est la voix du groupe. À eux deux, ils sont peut-être le futur buzz musical d’Internet. Après avoir lu cette interview, foncez sur www.myspace.com/gaelaxy et plongez dans l’univers fantasmagorique de Gaël.

Quels sont vos parcours respectifs dans la musique?
Avant de travailler ensemble, Antoni se consacrait avec succès au cinéma en Espagne, et faisait parti également d'un groupe de hip-hop en France. Moi, je tournais dans les bars de Pigalle où je faisais des concerts piano-voix. Je consacrais la plupart de mon temps à l'écriture de nouvelles, de poèmes.

À l’occasion d’une rencontre chez AZ il y a eu une envie de travailler ensemble: pourquoi et comment?
L'envie de travailler ensemble n'a pas été immédiate. Nous avons été réunis, avec d'autres artistes (dont le réalisateur Srinath Samarasinghe), par Raphaël Garoute, ex-AZ, sur un projet musical. Pendant 3 mois, nous avons travaillé intensément ensemble, et lorsque le projet est tombé à l'eau, nous sommes retournés à nos projets personnels. Mais il y a eu une étincelle d'amitié qui nous a amené à une fraternité très forte. Nous avons découvert une manière de créer "à quatre mains". Il aura fallu près de deux ans pour amorcer un nouveau projet qui a amené à l'écriture de notre premier album "Onze Mille Doigts", que nous sommes en train de produire, et dont "Jesus is gay" est le premier extrait. Lorsqu'Antoni et moi nous retrouvons sur l'écriture, il y a une euphorie créative et une liberté très importantes. Notre obsession de qualité, le sens du détail, l'idée que chaque mot, son, ou note doit trouver sa place exacte dans une chanson, et qu'une chanson est un équilibre: voilà ce qui nous réunit en permanence.

“Jesus is gay” est un titre-choc. Quelle est la genèse de ce morceau?
De Nietzsche et son "Dieu est mort" à Kurt Cobain et son célèbre "God is gay", c'est notre variation sur un thème. Rien de choquant en soi. "Jesus is gay" c'est l'histoire d'un jeune homme, Jesus, dont la foi est sincère, et qui est rejeté en confession parce qu'il se dévoile homosexuel. Il ne comprend pas que l'on condamne sa sexualité alors que lui parle d'Amour. Ayant perdu ses repères, il recherche à travers sa nouvelle existence de solitude celui qui ne l'a jamais rejeté ni abandonné: Jesus. "Jesus is gay" est effectivement un titre fort, par la musique et les mots, mais aussi par le thème abordé: Homosexualité et Christianisme. La chanson ne comporte aucune insulte et attaque contre qui que ce soit: nous ne sommes ni des donneurs de leçon, ni des militants. Nous avons eu avec Jodel Saint Marc, qui a réalisé le clip, l'obsession de ne jamais être ni vulgaires, ni grossiers, ni insultants. Pas de nudité, pas même un baiser: l'art délicat de la suggestion. Il faut comprendre "Jesus" comme un conte poétique qui parle du rejet et de ses conséquences douloureuses, mais aussi du chemin difficile vers son identité. C'est cela qui dérange parce que, comme un miroir, elle renvoie chacun à soi. C'est aussi notre devoir d'artistes et de poètes.


 

 

Votre univers brasse tour à tour Baudelaire, Sade et Apollinaire. D’où vous viennent ses références littéraires?
Apollinaire, ma référence absolue! On pourrait également citer Nietzsche, Claude Simon, Oscar Wilde, Jung, Flaubert, Rimbaud, et même Rabelais ou Chrétien de Troyes! Mea culpa! La musique est un art indissociable de la littérature... C'est une forêt mentale où il faut savoir se perdre pour trouver un chemin nouveau. Tous ces auteurs sont autant d'âmes-guides pour l'éponge-à-âmes que je suis. Ce que les auteurs racontent trouve en moi un écho parfois charmant, parfois douloureux. Ils m'ont ouvert les portes d'un univers intérieur que je ne soupçonnais pas. Antoni, lui, aime beaucoup Julio Cortazar, mais encore la BD américaine genre Alan Moore et Dave Gibbons. Il a une perception très visuelle de la littérature, il est un regard, un oeil, un angle de vue... Et c'est ce complément de perceptions qui constitue une des bases de notre univers.

La thématique gay est omniprésente : pensez-vous qu’elle puisse fédérer tous les publics?
GAËL n'est ni un groupe gay, ni un groupe militant. Ne vous attendez pas à nous voir sortir les banderoles! Comme dans l'oeuvre de beaucoup d'artistes et de chanteurs, l'homosexualité est effectivement un thème présent ("Jesus is gay" et "Un garçon qui aime" en sont des exemples évidents), au même titre que la bisexualité, et l'hétérosexualité, et tout simplement la Liberté d'exister condition sinequanone à la beauté d'Être. Attendez de voir notre prochain titre: "Onze mille doigts" (prévu pour début mars 2008), et vous verrez que l'on s'autorise beaucoup de libertés, et beaucoup de doigts! Notre objectif n'est pas de fédérer, ni autour d'une thématique gay ni autour d'une communauté gay. Chacun s'appropriera ou pas nos chansons. Antoni et moi sommes d'une génération, d'une éducation, où l'homosexualité est totalement admise et socialement acquise. Aurions-nous dû rejeter certains livres parce qu’écrits par des homosexuels? Aurions-nous dû rejeter nos amis parce qu'ils sont homosexuels? Alors, pourquoi les rejeter de notre écriture? Cela n'aurait aucun sens et ça ne nous ressemblerait pas. Si cela doit générer des inimitiés, peu importe. Si cela paraît cliché, peu importe. C'est notre liberté, notre intégrité!

Côté musique, quelles sont les principales influences?
Antoni, par ses origines Macédoniennes et Catalanes a une culture musicale très différente de la mienne. Il est très hip-hop et éléctro underground. Ces références vont des Midnights Juggernauts à J-Dilla en passant par Alaska ou encore Franco Micalizzi. Moi, j'aime les chansons des années 70-80, le rock glam, la pop sucrée, et la new wave. J'aime aussi la poésie des Pink Floyd. D'une manière générale, ce qui est très mélodique ou onirique. Nous échangeons beaucoup de nos univers musicaux. On passe notre temps à se faire découvrir l'un l'autre des chansons ou des artistes du monde entier. Le jour où j'ai présenté Edyta Gorniak, la Céline Dion polonaise, à Antoni, j'ai cru qu'il ne s'en relèverait pas. Sa vengeance a été terrible!

Le vocabulaire et les thématiques farmeriens sont très présents. Explications.
Je ne connais pas très bien l'univers de Mylène Farmer, et Antoni encore moins. On nous a souvent prêté une filiation, et c'est un honneur. Elle a un immense talent et une immense maîtrise de son Art, ce qui est toujours impressionnant et prodigieux. Notre écriture musicale est une architecture dont la thématique est riche et complexe. On y partage, il est vrai, des thèmes tels que la mélancolie, le mystère, le mysticisme, l'amertume, peut-être même une culture de l'anticonformisme et de l'inattendu. En Espagne, on nous compare souvent à Fangoria. Nous avons aussi été comparés à Mika, Frankie Goes to Hollywood, et aux PetShopBoys. Je crois que de notre duo multiculturel et riche en diversité émerge un sens aigü de la mélodie construite comme une ivresse, un parfum entêtant, que l'on retrouve finalement chez peu d'artistes.

À propos de l’excellent clip : pouvez-vous nous raconter son histoire, son propos…
Il est né de notre rencontre avec le réalisateur Jodel Saint Marc. J'avais eu l'occasion de remarquer son travail, notamment de voir des extraits de son premier long métrage "Renaissance" (sortie prévue courant mars 2008), et j'ai été littéralement subjugué par son talent. Il y a dans ses images une poésie, un degré d'esthétisme très poussé, que l'on ne trouvait pas ailleurs. Antoni m'a dit: "Fonce, il est génial!". 5 jours de tournage, 7 décors différents dont une église mise à notre disposition après avoir expliqué le projet dans ses moindres détails (ce n'était pas gagné!), des figurants motivés, un acteur allemand magnifique, Niklas Von Wolff et ses boucles blondes, et des heures entières en extérieur par -5 degrés. Bref, une jolie aventure de production. Jodel est un artiste humble, un artisan laborieux, et un vrai génie de l'image. Il marquera le cinéma de son empreinte si on lui en donne la chance. Et puis il a intégré avec beaucoup de finesse le dessin de l'Anglaise Gail Gosschalk qui a créé pour nous son "Christ en doigts" qui fait la couverture du single de "Jesus is gay" et l'image finale du clip. C'est un diamant. Nous en sommes très fiers.

Myspace, Site Internet, Youtube…  Le Net est-il devenu un passage obligé pour un jeune groupe?
Internet est, pour les artistes, comme un immense Salon des Refusés. On y trouve tout l'Art non académique, tout ce qui ne rentre pas dans les cases prédéfinies par le marché. Il y a de tout, du bon, du mauvais, mais chacun y a la liberté de s'y exprimer: c'est un outil fabuleux. Très clairement, Internet nous a apporté une liberté incroyable pour nous réaliser artistiquement, de construire un projet, de le viabiliser, et de le développer, sans frontière. Nous sommes très peu connus en France, et pourtant grâce à l'internet nous avons reçu des propositions de tournées au Canada et au Mexique. Le net est devenu un passage, si ce n'est obligé, du moins fortement recommandé pour faire connaître son travail. C'est de là que viendront les groupes qui surprendront

Avez-vous envie de sortir un CD, d’être dans les rayonnages de la FNAC, sous contrat avec une maison de disque?
Si cela peut apporter au développement de notre projet artistique, bien sûr. Mais envisager un packaging basic en plastique triste, une maison de disque entravante, et un discours sans saveur sans couleur, certainement pas! Ce qui nous importe, c'est d'enrichir et d'élargir notre vision, de partager et développer notre identité musicale, et d'assurer notre liberté de ton, de son. Il y a, chez nous, une forme d'insolence et une liberté qui dérange, qui gêne. Il faut aussi une bonne dose d'audace et de panache pour nous suivre. Nous sommes ouverts, si cette personne existe, nous la rencontrerons!

Sur le site il y a des demandes de concert. Est-ce prévu?
Aller à la rencontre du public? C'est une envie viscérale que nous avons. La scène, c'est tellement de bonheur. Quand on a connu l'ivresse du public qui chante vos chansons, et l'intimité de cette relation, cela devient presque obsessionnel. Sans le public, nous n'existons pas. Mais il nous faut laisser le public découvrir nos chansons, et s'approprier notre univers. Parce que c'est ce qu'il retrouvera sur scène. Une chose est sûre: La scène sera comme l'album, et l'album comme nous: inattendu et insolent d'esthétisme.


Propos recueillis pour Wag ! par Cédric CHAORY.

 

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