Sébastien le Divin

Génie snob, compositeur fou, ringard sublime, le musicien pop Sébastien Tellier collectionne les étiquettes, sans jamais vraiment chercher à les décoller de son impeccable smoking blanc. À quelques jours de sa participation à l’Eurovision 2008, l’artiste se confie à WAG : son nouvel album, le concours européen, l’avenir et le sexe, Toujours et encore…

Après l’introspectif Incroyable vérité, l’engagé Politics, vous sortez un troisième album-concept placé sous le signe alléchant des plaisirs de l’amour physique. D’où vous est venue cette idée ?
J’essaye toujours de parler de sujets qui me semblent être les plus pertinents. À l’époque de mon premier disque, je sortais de l’ambiance familiale, l’idée que je me faisais du monde tournait essentiellement autour de ma famille. Puis à travers une tournée mondiale en première partie du groupe Air, j’ai découvert ce qu’était vraiment le monde et par la même occasion que la politique était plus pertinente que la sphère familiale, d’où le second album. Mais deux ans plus tard, je me rends compte que finalement ce qui fait tourner le monde, c’est le sexe. C’est un sujet inépuisable car il est l’origine de l’humanité et également toujours dans l’air du temps. Le sexe englobe tout : l’intemporel comme la futilité.

Pourquoi toujours signer des albums concept ?
Vous savez j’ai grandi avec les albums de mes parents: Pink Floyd, Kratfwerk, du rock progressiste quoi. Et donc essentiellement des disques concept, à tel point qu’un format plus standard, comme une succession de chansons sans réel lien m’est étrange. J’ai du mal avec ce côté patchwork, un peu compilation. J’aime les albums conçus comme des films avec un début, un milieu, une fin. Des larmes et des rires.

Aux manettes de Sexuality se trouve une moitié de Daft Punk. Plutôt classe la collaboration ?
Je suis fan des Daft depuis le début, avant même qu’ils sortent leur premier disque ; j’allais les voir mixer au Xanadu. Quand j’ai pensé à cet album, je souhaitais une écriture à deux. On y parle de sexe… donc pour éviter le masturbatoire, l’introspection de ma propre sexualité, il me fallait un collaborateur de choix. J’ai songé à Radiohead, aux White Stripes, mais le souci est qu’ils écoutaient tous la musique essentiellement avec leur tête et pas avec leur bassin. Et pour Sexuality tout devait partir de là… Guy Manuel (de Homem-Christo) sent la musique. C’est une immense puissance musicale, mais il n’intellectualise rien… Je suis donc allé le voir et l’écriture de l’album a commencé illico.

À l’écoute de Sexuality, on se dit que vous nous jouez là un érotique soft, plutôt qu’un gonzo couillu. Fleur bleue, le Sébastien Tellier ?
Il est vrai que l’album Sexuality véhicule plutôt des valeurs de tendresse. Le concept général de l’album est d’être perçu comme une nouvelle forme d’éducation sexuelle, loin des cours froids et didactiques enseignés à l’école, mais aussi loin de la violence du porno. Là je développe l’idée que la jouissance absolue c’est le couple qui s’aime dans la douceur et le respect. Pour du sexe total, il faut penser à autre chose que les immuables rôles du dominant/dominé. Insuffler une bonne dose de gentillesse au sexe est la voie royale pour atteindre la jouissance absolue.

Il y a du Gainsbourg du Marvin Gaye, du Justin Timberlake dans Sexuality. Au panthéon des artistes les plus sex, qui décroche la première place ?
Prince est certainement le plus sexy des sexys. Mais il n’est pas celui qui m’inspire le plus car je m’imagine mal jouer dans son registre, je serai affreusement ridicule. Sinon je pense au chanteur français Christophe avec sa voix plus que sexy. Je me rends compte que les sur-cools, les plus grands génies sont très androgynes : Michaël Jackson, Prince, Marvin Gay et Curtis Mansfield dans les aigus… La vraie musique sexuelle est là, avec ces mecs qui jouent de leur part féminine. Concernant Gainsbourg, il est un auteur-compositeur de génie et une ombre créatrice qui plane sur nous tous. On ne peut pas faire l’impasse sur l’héritage du grand Serge. On rêve secrètement de l’égaler et quoiqu’on fasse on a le sentiment d’être toujours minable.

On vous accole toute sorte d’étiquette, dont celle du sauveur de la pop française. Pas trop lourd à porter ?
Je n’ai pas l’impression de venir sauver quoi que ce soit, ni l’envie de représenter tel ou tel mouvement. Je n’aspire qu’à mon bien-être et ne cours après aucune forme de gloire ou de succès. Je ne souhaite pas être une vedette, et pense plutôt que ce que je vis actuellement en tant qu’artiste me permet de préparer l’avenir : vivre sur une île ou à la montagne. Et créer mon propre monde là-bas.

Quelle serait la chanson la plus apte à parler des gays dans cet album ?
Finger of steel est une chanson qui parle d’amour physique entre moi et Guy-Manuel, donc elle est clairement tournée vers les gays. Elle y parle de ses doigts de fer qui parcourt mon corps. Mais Guy-Manuel n’est pas un gay, c’est un robot…

Vous représentez la France à l’Eurovision 2008. Après les Fatals Picards, la France poursuit dans la veine décalée ?
C’est France Télévisions qui est venue me proposer ce concours à la fin d’un concert. J’ai dit oui de suite, sans réfléchir. C’est après que j’ai réalisé que cette participation est une aubaine pour moi. Je réfute cette image hype, trendy voir intello que l’on me colle et avec l’Eurovision je vais toucher de près l’univers de la chanson populaire. Contrairement au milieu underground et hype, le grand public aime ou n’aime pas. Il ne dissèque pas, n’est pas dans l’analyse poussée et stérile. Il va droit au but, parle avec son coeur et j’aime cette spontanéité.

Qu’allez-vous faire pour vous éviter notre habituel « Two points » ?
Mais pourquoi pas le two points… Jai toujours pensé que compétition et art n’étaient pas compatibles. Mais apporter un esprit de compétition dans la musique et en créer un spectacle comme l’Eurovision, je dis pourquoi pas. Maintenant les chances de gagner, de perdre avec mon titre Divine… tout cela est secondaire et très aléatoire, subjectif. Le résultat m’importe peu, même je si souhaite être en bonne position… Inch’Allah

Sexuality, Sébastien Tellier (Records makers)
Eurovision 2008. Sur France 3, le samedi 24 mai 2008
Crédit photo gauche: François Valenza - droite: L. Brancovitz

 

 


Interview: Cédric chaory