Les Ritournelles de ZAZA

Avec son accordéon en bandoulière, sa petite robe noire rehaussée de touches fluo, sa frange bien modasse et ses talons jaunes façon Daisy, Zaza Fournier, déboule avec un premier album terriblement emballant. Etre chanteuse réaliste en 2008 ça pourrait craindre. Mais non, ça le fait grave. Bien joué Zaza !

Zaza Fournier, chanteuse réaliste rétro-kitsh nous dit votre dossier de presse. Cela vous convient-il ?
C’est plutôt rigolo comme formule. Je crois qu’au moment où sort le disque, on peut dire qu’il ne vous appartient plus, le public et les critiques se l’approprient, vous définissent à travers lui. Il est vrai que mes influences “Piaf-Presley” participent à cette étiquette que l’on me colle. De mon côté, je ne me suis jamais levée le matin en me disant “Et pourquoi pas chanteuse réaliste retro-kitsh ?”, c’est juste que la chanson réaliste me parle tout en étant bien ancrée dans mon époque.


Justement, vous citez Presley, Piaf et Victor Hugo comme références. Un peu old school pour une jeune femme de 22 ans ?
Je viens du théâtre, j’ai joué des œuvres de Victor Hugo et j’en garde un indéfectible amour de la langue française. Il est pour moi une source d’inspiration. J’apprécie énormément Tom Waits aussi. Je l’ai découvert récemment, et même si je maîtrise peu l’anglais, comparé à ma langue maternelle, je me délecte de l’humour et de la fantaisie de ses textes. Et puis il est libre musicalement. J’aime les paradoxes, comme ceux du chanteur Arno à l’univers à la fois délicat et brutal. Edith Piaf jouait de ces paradoxes également.

?Comme la môme Piaf, vous avez fait vos armes dans les bars de Paris. Une école plus “roots” que le château de la Star’Ac ?
C’est sûr. Mais aujourd’hui j’apprécie à sa juste mesure la qualité de l’écoute des plateaux TV et des salles où je me produis. Dans les bars, on s’impose au public et on est heureux quand on capte l’attention des clients qui se retrouvent pour boire un pot. Désormais, je suis étonnée de ne pas avoir à me battre pour me faire entendre, on vient me voir en concert pour écouter mes mots et mes musiques. Je savoure cette chance.


Parlons de votre musique. Un instrument que vous chérissez et décrivez comme “fort, drôle et sexy” se détache du lot, c’est l’accordéon !
L’accordéon fait partie de mon histoire familiale. La sœur de mon père en a toujours joué. Autodidacte, elle n’a jamais pris de cours et donc en jouait librement et parfois faux mais j’étais envieuse de sa liberté. Depuis l’accordéon m’apparaît comme terriblement féminin. J’aime aussi le fait de serrer contre mes poumons ce drôle d’appareil à vent. On ne peut pas faire comme s’il n’existait pas quand vous l’avez dans les bras. Il fait corps avec vous. Maintenant je sais que l’accordéon traîne une réputation ringarde. Une nana avec un accordéon dans l’imaginaire du public c’est Yvette Horner… mais bon, je passe outre.


Un autre de vos grands amis est le iPod !

En fait mon iPod est mon groupe, mon orchestre. J’ai balancé des pistes sur ce iPod et cela a donné la base des musiques de l’album. En concert, il m’accompagne aussi, c’est mon orchestre miniature en somme.


Le grand écart générationnel accordéon-iPod est à l’image du personnage Zaza : une gouailleuse à la Fréhel mais girly et pop-flashy ?
Là encore rien n’a été réfléchi. Je ne prémédite jamais les choses. D’ailleurs je n’ai jamais eu l’intention d’enregistrer un album. Au départ, j’ai mis une fleur, puis deux et très rapidement c’est devenu un bouquet au terme d’un travail de deux ans. Cet univers Zaza s’est développé bien malgré moi, comme instinctivement. En même temps j’aime les artistes à l’imagerie forte.


Vous chantez l’amour à toutes les sauces et avec vos mots, il semble bien complexe. C’est si compliqué les filles ?
(Rires). Non, mais ce qui m’intéresse dans la vie c’est “le tordu”, ce qui est caché et ce qui fait l’humain. On peut aimer, désirer une personne et puis soudainement avoir envie de la faire souffrir, la tuer. Et toujours par amour. C’est ce qui fait qu’on est toujours lié, cet amour. Comme Edith Piaf, j’aime mettre en avant ce qui n’est pas forcément joli joli dans l’humain.


Dans cet album très girly émerge un homme : un travesti qui se fait appeler mademoiselle…
La question du genre m’intéresse beaucoup. Ce qui fait de nous un homme ou une femme… C’est étonnant il y a des matins où vous vous sentez viril et dans l’heure qui suit très doux et vulnérable. J’ai toujours trouvé stupide de figer les êtres. Les personnes qui se travestissent se posent forcément ces questions de genre qui m’interpellent. Avec Mademoiselle, j’aborde donc l’histoire de cet homme qui se travestit dans les discothèques, en espérant avoir saisi le plus justement possible ce qu’il peut ressentir.


Autre chanson qui détonne dans ce premier album : Mon slow… là vous réhabilitez le slow qui tue !
Oui, je suis de celles qui veulent réintroduire les slows en boîte. Le slow est un moment important dans la vie. Ceux que l’on entend dans les premières boums, dans les garages sont souvent synonymes de moments de grande joie ou de grande déception. Ils nous construisent en somme, car tout le monde se souvient de ses slows d’adolescents, intensément érotiques mais aussi de ces moments de solitudes où l’on faisait tapisserie. Et puis je m’amuse de ces moments totalement absurdes où vous vous collez contre un quasi-inconnu, pleine de désirs mais tout de même obligée de vous contenir pour rester digne.


Avec ce premier album, vous rejoignez la nouvelle scène féminine française tout en vous rapprochant des univers de Catherine Ringer ou de Juliette !
Oui on peut dire cela. Je trouve important que l’on donne la parole aux jeunes femmes. Mais ce qui m’étonne, c’est qu’on ne parle jamais de nouvelle scène masculine? Je suis consciente que je profite d’une mode, que j’ai signé dans une major grâce aux succès de Camille, Anaïs, et tant d’autres… Dire que je joue dans la cour de Catherine Ringer est un joli compliment, mais je ne suis pas cousine d’Olivia Ruiz ou Anaïs, même si elles ont des univers musicaux très forts que je respecte. Le seul point commun que nous ayons est notre féminité. Je me sens beaucoup plus proche de Tom Waits par exemple. Mais il est vrai que c’est indéniable, ce qu’ont accompli ces chanteuses me permet aujourd’hui d’être là.

 

Et la suite logique, c’est la scène. Pas celle des bars mais des salles de concert désormais !
Oui, seule avec mon accordéon et mon iPod, je vais arpenter les scènes de France. J’appréhende ce moment malgré mon expérience des bars. Je pense que plus on fait de la scène moins on ressent le trac, mais malgré tout, le soir de ma première au Sentiers des Halles, en décembre, je serai fébrile. Mais qu’est ce que j’ai hâte !

Propos recueillis par Cédric CHAORY.