Borderline RoBERT

Loin des strass du show-bizz, la stressée et secrète RoBERT poursuit son chemin. Avec six albums au compteur, des tournées sold-out et une horde de fans tout acquis à ses mots (maux !), l’intrigante chanteuse revient enfin. Sourde, aveugle, mais certainement pas muette, elle se livre ici, sans faux-semblants.

?Votre sixième album Sourde et aveugle sort au moment où vous vous apprêtez à fêter vos vingt ans de carrière…
Oui enfin presque, mon premier single est sorti en 1990. Vous savez je ne jette aucun regard sur le passé. Je suis sourde et aveugle. Si vous vous arrêtez pour regarder dans le rétroviseur, vous n’avancez plus. Ce métier étant d’une rare violence, j’ai pris le parti de ne me contenter que de moi, de m’auto-complimenter en somme. Et de tracer sans me retourner. Paradoxalement, je déteste me voir. Il m’est difficile de me regarder, de m’aimer physiquement. Du coup je trouve parfait cette pochette où l’on ne me voit pas, cachée derrière mes mains et dans la pénombre…

Légèrement plus optimiste que votre précédent opus, Sourde et aveugle reprend vos thèmes de prédilection : l’enfance, l’amour et la mort. Le cycle de la vie vous obsède ?
Après Six pieds sous terre, mon précédent album, difficile de faire plus pessimiste… Pour être honnête, je n’ai pas aimé être enfant, je préfère être adulte, mais l’étape suivante c’est la mort. Et cela m’obsède. Je suis suicidaire avec pas mal de passages à l’acte, vous savez ! Je n’ai jamais compris l’intérêt de vivre. L’amour que me porte mon entourage me sert de garde-fous. Mon homme je l’ai rencontré en 5ème… Où serais-je sans lui aujourd’hui ?

 

Votre nouveau single est particulièrement zen. Tout est calme dites-vous. C’est un joli pied de nez, à l’heure où le monde cède à la panique générale…
Pour être honnête, cette chanson a été écrite à l’occasion d’un séjour à l’île Maurice. Deux jours avant le départ, je me suis à vomir du liquide noir. Je n’ai rien dit, mais quelques heures plus tard, j’avais un ventre gros comme une femme enceinte de 7 mois. On m’a vite ouvert le bide pour y retirer de la gangrène. Étonnamment je me sentais calme, apaisée. Je me sentais partir, accompagnée d’enfants. On s’apprêtait à prendre un train… Puis au final je me suis réveillée !

L’amour avec vous : c’est passionné (Comme un dieu) ou torturé (Sois courageux)… L’amour vache en somme !
Complètement. D'ailleurs, je me demande souvent ce que peut me trouver mon mari. Il doit avoir mauvais goût. Mais comme je l’adore, je me suis arrangée pour le garder en laisse. Pas touche ! On s’est installé à la campagne : je suis plus tranquille ainsi. Il y a moins de concurrence.

On peut noter deux reprises dans cet album : The end et Ma gueule ?
Il y a 20 ans, on m’avait proposé de reprendre Ma gueule. Sûrement car je me plaignais déjà de mon physique. Aujourd’hui je ne cesse de me demander pourquoi je ne passe pas en radio, ni à la télé… Je me dis alors « Quoi ma gueule ? ». Ce n’est pas un hommage, bien que j’apprécie Johnny, mais plus une reprise qui pose des questions. Elle me correspond en plus car je suis bagarreuse, à fond dans la castagne…
Pour les Doors, je ne les écoute pas forcément. Mais je regarde plusieurs fois par semaine Apocalypse Now. The End résonne dans l’intro du film, et j’en suis fan.

Johnny Hallyday représente le poids lourd du show-biz. Vous tracez de votre côté un chemin beaucoup plus discret.
Il ne m’est jamais venu d’interpeller qui que ce soit pour sortir de ce silence médiatique. Vous savez, je remplis l’Olympia sans faire de pub. Je me suis fait jeter par toutes les maisons de disques qui croyaient mollement en mon talent, mais je suis toujours là et mon public aussi. Comme je ne suis pas revancharde, je trace mon chemin, seule.

Le public japonais et les gays sont séduits par votre univers. Comment l’expliquez-vous ?
Oh ils doivent avoir mauvais goût comme mon époux (rires). Vous savez les gays, je les aime bien. La dernière fois, j’ai pris conscience que dans mon entourage je ne connaissais que deux ou trois hétéros. Mais bon… gay ou hétéro, au final qu’importe… ce ne sont que des étiquettes que j’abhorre.
Pour les Japonais, j’ai cru comprendre qu’ils aimaient les femmes- femmes mais pas mièvres. Il semblerait que pour eux je dégage cette féminité là.

Peut-on y voir un lien de cause à effet avec Amélie Nothomb, votre amie et parolière, qui a vécu au Japon ?
Du tout. Cette affection des Japonais remonte à plus loin que ma rencontre avec Amélie. C’est mon oncle qui m’a averti qu’une pub tokyoïte utilisait une de mes musiques pour des soutiens-gorge. Je n’ai jamais fait de concert là-bas, mais j’y compte bien.

Avant d’entamer une carrière de chanteuse, la danse était votre violon d’Ingres.
Je suis toujours très malheureuse de n’avoir pu embrasser une telle carrière à cause d’un accident. Les gens me voient comme une chanteuse, je m’applique à l’être, mais dans ma tête je suis une danseuse. La chorégraphe Pina Bausch est mon idole. J’ai parfois l’impression que l’on m’a volé mon identité. Tous les jours, je fais mes exercices d’étirements, je fais le grand écart. La danse est pire que la drogue…

Et quelle surprise allez-vous réserver à votre public lors de votre prochaine tournée ?
Actuellement je réfléchis au décor, aux costumes que je fais moi-même. Je ne me suis pas encore penchée sur la play-list. Pour la mise en scène, je la joue à l’instinct. Je me considère comme un fauve qu’on lâche dans l’arène… donc pas besoin de cadrer mes déplacements scéniques. Avant de monter sur scène, je suis hyper- stressée, j’ai pour habitude de faire le clown pour décompresser ce qui tranche avec l’univers de mes chansons. Mon public sait que je glisse pas mal de blagues entre mes titres, histoire de décompresser. J’ai d’ailleurs hâte d’être à la cigale en février 2009.

 

Propos recueillis par Cédric CHAORY.