Le mystère Mylène Farmer (presque) mis à jour

Hugues Royer, journaliste et romancier, s’est penché sur le phénomène Mylène Farmer.
Portrait sensible et sensé, l’ouvrage “Mylène” fait oublier la somme de biographies frelatées et fantaisistes qui encombrent les rayonnages des librairies en proposant un éclairage intelligent sur les mystères de la rousse incendiaire.

Hugues Royer vous publiez un portrait très sensible de la rousse la plus célèbre de France. Comment se lance-t-on dans l’écriture d’un tel projet, et surtout avec quelle légitimité?
Il y a longtemps que j’aime Mylène, que j’apprécie son univers. Depuis “À quoi je sers”, en 1989, je suis sa carrière avec passion. Ça me donne plus de légitimité que d’autres auteurs, qui ont juste voulu faire un coup marketing, mais qui en réalité ne s’intéressent pas à Mylène. J’ai écrit six romans, j’ai étudié la psychologie et la philosophie, alors j’ai pensé qu’un texte littéraire et profond permettrait d’aller plus loin dans la compréhension de l’artiste.

Les bios consacrées à Mylène Farmer se multiplient à un rythme effréné. Dans votre ouvrage, on sent une volonté de tordre le cou aux idées reçues bien souvent véhiculées dans les précédentes bios, sur le mythe Farmer. Envie d’une mise au point?
Sans doute parce qu’elle est discrète, Mylène suscite un discours qui véhicule bien des clichés. On dit que « c’est une diva sulfureuse », que « ses concerts sont des messes », qu’elle est « la Madonna française ». Moi, j’ai voulu dépoussiérer le mythe, savoir quelle femme se cachait derrière le personnage qui nous est offert dans les clips, et j’ai découvert une artiste passionnante, très différente de la star qu’on l’imagine recluse dans
sa crypte.

D'autre part, vous privilégiez le portait à la biographie pure. Pourquoi ce choix?
Je ne voulais pas d’une bio chronologique, d’abord parce que je ne voulais pas m’ennuyer à raconter une histoire linéaire et, à fortiori, ennuyer les lecteurs. C’est pourquoi j’ai préféré une suite de courts chapitres thématiques avec, chaque fois, des exemples qui éclairent mon propos – il y a dans mon livre de nombreuses anecdotes totalement inédites.

 

 

Comment les fans de Mylène ont reçu l’ouvrage?
J’avoue avoir été très touché par l’accueil que les fans ont réservé à mon livre. Certains m’ont dit que c’était le meilleur écrit à ce jour. D’autres en ont fait « la biographie de référence ». Durant plusieurs semaines, j’ai été classé dans le Top 50 des best-sellers. C’est une sensation très agréable. Merci !

La ligue des anti-Farmer est tout aussi vivace que celle des fans : comment expliquez-vous que cette artiste suscite autant de passions et de foudres en même temps?
Mylène le dit elle-même : elle déteste la tiédeur. Le fait de ne pas être consensuelle, contrairement à tant d’autres artistes, suscite fatalement une adhésion forte, en même temps qu’il génère un processus de rejet. Il y a donc ceux qui adorent, et ceux qui détestent Mylène. Mais on trouve rarement un public qui lui est indifférent.

La petite entreprise Mylène Farmer ne connaît pas la crise, même si elle est souvent brocardée par ses détracteurs, car jugée trop excessive. Pensez-vous que l’empire Mylène Farmer chancellera un jour?
Dans Désenchantée , elle chante : « Si je dois tomber de haut/Que ma chute soit lente » à la manière d’une prière païenne. Tout est dit dans ces paroles : elle sait que sa gloire est condamnée à décroître, alors elle veut que ce soit le plus en douceur possible. Elle se bat comme une lionne pour rester au top, et elle résiste plutôt bien ! Son tour de force d’avoir rempli deux Stades de France en trois heures le prouve… L’empire Farmer, comme vous dîtes, n’est pas prêt de s’écrouler.

Les fans apprécieront, eux, votre analyse à chaud du dernier album de la star Point de suture. Vous dîtes d’ailleurs que cette œuvre dévoile une nouvelle Mylène?
Oui, c’est une Mylène plus sereine, moins torturée, plus ouverte au monde qui apparaît dans Point de suture. Autant elle était repliée sur ses amours dans Avant que l’ombre…, autant elle semble, cette fois, pleinement en phase avec la société d’aujourd’hui. Je vous avoue d’ailleurs que j’ai été scotché par The Farmer Project , le clip de Bruno Aveillan – le personnage de cette femme aux pouvoirs surnaturels que joue Mylène est d’une force éblouissante.

Vous abordez à plusieurs reprises l’avenir de l’artiste en supputant qu’elle quittera la scène à la Garbo, en plein succès. Un cataclysme à venir pour son public, non?
Mylène a dit qu’elle ne voulait pas livrer « le combat de trop ». C’est une manière de nous prévenir qu’elle quittera, tôt ou tard, le devant de la scène. Même si l’on peut espérer que ce ne sera pas après ses concerts de septembre prochain, il faut sans doute se préparer à une telle échéance. Ce qui, vous avez raison de le souligner, n’a rien de réjouissant pour les fans…

Maintenant que vous avez étudié, voire dépecé, le phénomène Farmer. Posez vous toujours le même regard sur l’artiste?
Après avoir écrit ce livre, ma grande surprise est de constater que ma passion pour Mylène reste intacte. Je crois savoir exactement qui elle est, avec ses qualités et ses défauts, mais mon admiration pour sa carrière n’a pas changé. C’est une grande dame. Et j’espère qu’après avoir lu mon livre, ceux qui aiment Mylène ne l’aimeront que davantage !

Et savez-vous si elle a lu “Mylène”?
Je le lui ai envoyé il y a quelques semaines et je crois pouvoir vous dire que Mylène a lu mon livre – son entourage l’a trouvé bien écrit, ce qui m’a touché. Qu’en a-t-elle pensé ? S’est-elle reconnue dans ce portrait ? Son silence en dit long. Mais je ne désespère pas de recevoir un signe d’elle un jour prochain…

 

 


Propos recueillis par Cédric CHAORY
Mylène, Hugues Royer (Flammarion).