Les Garçons de la Piscine

 

En France, les nombreuses associations gays et sportives, dont 25 sont rassemblées au sein d’une fédération sportive gay et lesbienne (FSGL), comptent plus de 3000 adhérents.
C’est justement l’univers du sport qu’a choisi le cinéaste Louis Dupont. Il est l’auteur d’un film à la fois esthétique et militant, Les Garçons de la Piscine. Ce format de 54 minutes s’inscrit dans un travail sur le corps, tout comme l’avait été en 2004 l’un de ses précédents films, les Garçons de la plage. Dans cette nouvelle production tout juste sortie en DVD(Épicentre) Louis Dupont nous plonge au cœur des séances d’entraînement d’un trio masculin de nage synchronisée, une discipline que l’on imagine souvent comme le domaine réservé des femmes… par franck

 

 

 

 

Comment êtes-vous venu à réalisation ?
Je suis issu d'une famille d'artistes. Musiciens, photographe, sculpteur, peintre. Très tôt j'ai eu une caméra entre les mains et un désir très fort de filmer, une nécessité je dirais. J'avoue que j'ai eu la chance d'avoir autour de moi des points de vue originaux sur le monde. Le plus marquant est celui d'un parent, André Hurtevent, grand humaniste, sculpteur et aussi grand sportif (footballeur international et entraîneur de l'équipe de France). Son regard a été très important. Ma mère et mes deux grands mères m'ont appris l'art de la mise en scène et du beau.

La solidarité, le langage, le corps, l’homophobie semblent des thèmes qui vous tiennent à cœur. Pourquoi avoir choisi de les réunir dans un même film autour du sport gay.
Un des héritages de ce regard familial est la tolérance et un autre, l'obsession du corps. Ils sont présents dans tous mes films et même dans mon travail de transmission auprès des jeunes (Je suis Lauréat de la Fondation de France pour mon travail auprès des jeunes). Ces thèmes sont plus ou moins présents dans mes films depuis mes toutes premières réalisations. Avec le recul, je me rends compte de la cohérence de mon travail. En tout cas, il est très important de distiller ces thèmes dans mes travaux, et d'aller jusqu’au bout de ma réflexion. Pour les Garçons de la Piscine nous les retrouvons, mais autour du sport. Étant sportif moi même, je me rends bien compte tous les jours de l'homophobie latente ou exacerbée que l'on y rencontre. En même temps, le film s'inscrivait dans une mission du ministère du sport, c'est pourquoi Roselyne Bachelot m'a soutenu financièrement. Il était intéressant de traiter de ce sujet et surtout de montrer des Gays et des Lesbiennes bien dans leur peau et de balayer d'un revers de la main la question de l'homosexualité à travers le regard des entraîneuses sur ces sportifs d'un genre particulier. Il était important aussi de rappeler que ces clubs Gay et Lesbien sont ouverts à tous. D'ailleurs, il est vraiment surprenant de constater qu'un grand nombre de leurs membres ne sont pas homosexuels. En même temps, je voulais montrer que l'on pouvait être fier d'être "différent".

Beaucoup ne comprennent pas la notion de club de sport LGBT. Est-ce aussi pour défendre les valeurs de ses associations gays que vous avez réalisé ce film ?
Je pense qu'il faut être sportif pour comprendre qu'être Gay, Lesbienne et sportif peut être un problème quelquefois, mais il suffit de se référer à l'actualité, voire se rendre dans un stade lors d'un match de foot par exemple et écouter ! Il faut accepter que des hommes et des femmes "différents" ont le besoin de se réunir parce qu'ils se sentent mieux ensemble pour pratiquer un sport. Il est d'ailleurs intéressant de constater que sans club Gay et Lesbien la question des hommes en natation synchronisée ne se poserait pas et d'ailleurs, pour d'autres pratiques aussi. J'aime beaucoup à ce sujet, dans le film Les Garçons de la Piscine, le témoignage d'Hélène une des coaches des garçons. J'ai remarqué en tout cas que les manifestations sportives Gay et Lesbiennes provoquent beaucoup de réactions, du rejet (comme au Outgames de Copenhague) mais aussi de la curiosité. Avec le temps, les gens s'habitueront de toute façon à ces manifestations, et ces rencontres particulières, non genrées, permettent à beaucoup de personnes différentes, homo, bi, trans, hermaphrodite, vieux, obèse, etc... de s'y rencontrer. Ces clubs sont de véritables havres de paix pour tous, et tout cela dans un esprit sportif très sain et épanouissant où chacun est libre dans sa pratique d'un sport (et c'est peut-être cela le plus important). Après tout, le sport n'a de sens que comme dévoilement et comme accès à la quiddité.
Je suis persuadé aussi que ces clubs Gays et Lesbiens jouent un rôle très important au sein même de la communauté LGBT. Il permet ainsi aux filles et aux garçons de se rencontrer, de se confronter et d'échanger. On regrette souvent le clivage fille/garçon chez les Gays. De plus, sur un plan international, ces rencontres jouent un rôle très important, elles offrent l'espoir et un exemple à suivre pour des minorités victimes d'homophobies et de discriminations.

D’ailleurs, pour « Les garçons de la piscine », doit-on penser film ou reportage ?
J’ai toujours aimé les mélanges de genres, et pour cette œuvre cinématographique, je souhaitais réaliser un pur documentaire de création, avec quelques séquences fictionnées, mais aussi proposer des séquences de reportage avec des témoignages pris sur le vif. C'est mon côté expérimental qui me pousse à toujours présenter quelque chose de différent voire de déroutant !

Comment avez-vous pris contact avec Tom, Fabrice, JP et leur emblématique coach, Gigi ? La préparation et le tournage ont-ils été évidents?
C'est par un ami membre de Paris Aquatique que j'ai rencontré Tom. J'ai ensuite fait la connaissance au cours de ses entraînements de ses acolytes, Jean-Philippe et Fabrice et aussi d'Isabelle Girault et d'Hélène Martin, leurs entraineurs. Outre leur travail et leur performance, c'est leur complicité qui m'a touché. Je me suis inséré peu à peu dans leur quotidien en les filmant tout d'abord à l'entraînement pour trouver mon point de vue et mon esthétique puis dans leur intimité en les interrogeant sur leur parcours. Ils m'ont très rapidement accepté dans leur univers tout au long des mois de tournage et les responsables et membres du Club Paris Aquatique m'ont énormément facilité la tâche par leur accueil et leur aide pendant le tournage. Néanmoins, ce film a été assez difficile à réaliser surtout à cause de mes ambitions esthétiques. Travaillant seul (l'économie de mes films ne me permet pas de réunir une équipe technique), tout l'équipement était sur mon dos, de la lumière au son. C'était assez physique par moment. Pour les plans subaquatiques du ballet final, j'ai demandé l'aide d'un plongeur, Serge Huber, car à ce moment du tournage du film, je ne me sentais pas capable de réaliser cette séquence seul.


Pour vous, quel est le moment, ou l’élément, le plus fort de ces 54 minutes en compagnie de ces nageurs?
Le moment le plus fort en compagnie de ces nageurs et certainement pour moi le moment de répétition dans le désert Canarien. Cette séquence a été très longue et difficile à réaliser car, comme je travaille seul, il fallait multiplier les angles de point de vue pour proposer un montage cohérent de leur répétition. Nous avons travaillé toute une journée en plein "cagnard". Eux, répétant sans cesse leur chorégraphie et moi en changeant d'axe tout le temps. Cela a été très fatigant pour nous tous. Mais le trio et Gigi ont joué le jeu jusqu'au bout et cette séance poétique, voire contemplative, me touche beaucoup et me rappelle, malgré l'épreuve de sa réalisation, de très bons souvenirs.

Souhaitez-vous un rôle pédagogique pour votre film, et si oui auprès de quels publics ?
Je souhaite toucher tout le monde, mais il est vrai que j'ai beaucoup pensé aux jeunes. Cela fait très longtemps que je me suis engagé dans un travail de transmission et de sensibilisation auprès des jeunes. J’ai été moi même à l'initiative d'un Pôle de transmission au sein même de la plus ancienne coopérative de films d'avant-garde en France, Le Collectif Jeune Cinéma. Mes films, même les plus radicaux, ont donc toujours une valeur "éducative" même si je n'aime pas trop ce mot. C'est très important pour moi et j'ai bien entendu conscience de l'impact du cinéma auprès des jeunes et donc de son rôle.
J’ai donc bien entendu conscience du pouvoir des images et comme j'interviens en milieu scolaire, la présentation de mes films dits "différents" peut faire du bien. D'un point de vue, créatif tout d'abord en proposant une approche libérée des codes de la culture dominante donc "hétéronormé", et ensuite d'un point de vue politique et social. Ce regard que je propose peut permettre à des jeunes de mieux accepter leur différence, de se sentir mieux dans leur peau et, à d'autres, d'accepter la différence chez autrui. Cela fait très longtemps que je me suis engagé à travers mon travail et le cinéma à lutter contre toutes les discriminations et aussi surtout à lutter contre le suicide des jeunes (voir mon film Bouche-à-bouche sur ARTE VOD).
D'ailleurs, les nageurs du film et moi même nous tenons à la disposition des équipes pédagogiques pour venir présenter et débattre du film dans les collèges et lycées!

Vos projets à venir ?
Après Les garçons de la plage (une nouvelle édition est prévue en 2010), et Les Garçons de la Piscine, je tourne en effet un nouvel opus à cette série de films. Bien entendu, je parlerai encore de corps, mais aussi de la place de l'homme dans la société.
 Je prépare aussi un Pin'up Boys 2 ou encore une fois des garçons viennent se dévoiler devant ma caméra (encore une histoire de dévoilement !) et un projet de long métrage qui se déroulera à Rome, Nantes et Nice autour de l'histoire d'amour fou d'un jeune déchu Romain.