La Roux rallume la mèche synthé-pop

 

 

La Roux, duo pop anglais programmé pour tout renverser sur son passage en 2009, débarque en France. En plein dans la hype qui, cette année plus que jamais, voit revenir les années 80 et sa synthé-pop à la Depeche Mode, La Roux réussira-t-il à conquérir les Français gavés de french touch ? Rencontre avec Elly Jackson, décoiffante chanteuse du groupe.

Votre premier album est sorti récemment en France mais en Angleterre vous cumulez déjà trois N°1 au hit-parade. Un succès foudroyant en un temps record?
C’est vrai que je démarre un peu sur les chapeaux de roues, mais je prends cela comme ça vient. Sans doute qu’un jour cet engouement du public retombera aussi vite ou que moi-même je me lasserais de la musique et de son aspect show-biz, mais il est bien trop tôt pour penser à cela là. Aujourd’hui je dois dire que je m’amuse de cet affairement autour de mon album.

Vos influences sont clairement orientées 80’s: Tears for Fears, Yazoo, Talk Talk. D’où vous vient ce gout pour ce son pop new-wave ?
Je pense qu’il est sain et naturel que ma génération regarde un peu dans le rétro et développe une certaine nostalgie sur une génération et une musique qui avaient été mises de côté et brocardées pendant quelques années. C’est toujours la même chose : chaque décennie revisite une autre décennie. Il y a toujours un temps pour le come-back, le revival… Aujourd’hui c’est l’heure des années 80.

Derrière vos sons électroniques se cache une mélodie très travaillée. Doit-on cette musicalité à vos références de mélomane avertie : Chuck Berry, Buddy Holly ou Nick Drake ?
Bien sûr. Ma musique est définitivement influencée par les exemples de ses auteurs-compositeurs de rock’n roll et de folk que vous venez de citer. Je les écoutais à satiété chez moi, plus jeune. C’est mon père qui m’initia à cette musique. Plus tard je me suis tourné vers des sons plus actuels, plus en phase avec ma génération, mais j’avais de solides bases pour apprécier la bonne de la mauvaise musique.
Vous habitez Brixton, ville du bassiste des Clash Paul Simonon et de la scène reggae de Londres. Ce son vous intéresse-t-il ?
Là où je vis dans le sud de Londres, toutes les rues résonnent de reggae et de dub. J’ai grandi dans cet univers et il est clair que j’adore le dancehall, mais La Roux reste avant tout un groupe et je ne suis pas sûre que Ben (Langmaid, co-compositeur du groupe) soit en total kiff avec ça !

Un son électro, frais et terriblement dansant voilà comment on pourrait décrire votre premier album. Mais vos paroles sont terriblement sombres !
Oui comme de nombreux artistes depuis des siècles, j’ai besoin d’éprouver un certain malaise voire mal-être, de souffrir pour écrire. De ces violentes émotions naissent mes textes qui sont, comme vous le dîtes, bien sombres. Quand je parle d’amour, l’état d’esprit reste le même. Je compte rarement fleurette et me tourne plutôt vers les passions tourmentées. Tout mon album tourne autour de l’amour et de ses angoisses. Je suis une électro-romantique !

Pourquoi avoir choisi un pseudo français ?
J’ai de lointaines origines françaises. Je ne maîtrise pas la langue. Je me limite à « Je m’appelle Elly » et quelques autres banalités, mais je ne vais pas loin dans une conversation avec un Français. On m’a expliqué qu’une personne arborant des cheveux rouges en France était une rousse et non une roux. J’aime bien cette faute d’accord qui s’est glissée dans mon pseudo… Étonnamment j’ai trouvé ce nom dans un livre de prénom pour enfants.
Pour revenir à la France, j’écoute énormément de groupes électro hexagonaux : Sébastien Tellier, Data, Boys Noize, SebastiAn, Mr Oizo. Ils ont une place importante dans mon inspiration.


Un nom de groupe qui mélange le féminin et le masculin, un look des plus androgyne, voire crypto-lesbien… Ce ne serait pas un appel du pied au public LGBT, ça ?
Il est vrai que je joue pas mal sur l’androgynie, mais je ne pense pas que cela soit calculé et exclusivement à destination des gays et des lesbiennes. Travailler sa coupe de cheveux et le camaïeu de ses fringues, c’est fondamentalement dans la fabrication de l’identité d’un groupe, mais en aucun cas déterminant dans la qualité du son de l’album. Et surtout je ne crois pas qu’on puisse séduire aussi facilement une communauté X ou Y en jouant un personnage. Si des accointances se créent, c’est au-delà de mon look, c’est plus subtil que cela. Cela dit, je trouve super cool que les gays et les lesbiennes apprécient La Roux. Ce sont quand même eux les rois du dancefloor !

La France découvre lentement La Roux. Vous avez fait quelques scènes dans le pays. Alors les froggies sont-ils cool ?
Le public français semble réellement apprécier nos concerts. Il a une écoute très attentive de notre musique. Je garde un excellent souvenir de nos premiers passages en France et me dis que pour nos débuts français cela augure de beaux moments à partager. On a fait cette petite salle sympa à Paris, La Maroquinerie et aussi les Inrocks Tour… Dès le 6 novembre, nous démarrons une tournée en France. L’aventure continue, donc…

 


Par Cédric Chaory