David LELAIT-HELO
“Le roman de la chanson Française”

 

Les chansons ne cessent de nous accompagner. Elles sont l’air du temps, la bande-son de nos existences. David Lelait-Helo, écrivain et journaliste, retrace l’épopée de la chanson française, de ses origines aux hits populaires d’aujourd’hui. Interview.

 

Après avoir écrit sur Edith Piaf, Dalida, La Callas, Barbara… et bien d’autres, voici « le roman de la chanson française » dans lequel tout le monde est réuni. De qui est venue l’idée ?

C’est un livre que j’avais envie de faire depuis longtemps. Je trouvais amusant de revenir sur cette grande aventure de la chanson française car je me suis rendu compte qu’elle marchait en parallèle avec l’histoire de France. La chanson française est très importante pour nous, c’est un trait d’union entre nous tous. Je voulais raconter tout ça comme un roman, une saga familiale

Deux citations dès le début de ce livre, la première de Juliette Gréco, la deuxième de Souchon qui dit « La chanson est une caresse sur la joue » ?

Je trouve la citation très belle. La chanson est une grande douceur, quand on ne va pas bien, que l’on à un moment de blues, de solitudes, on écoute des chansons.

Pour toi, la grande période de la chanson française s’essouffle à quel moment ?

Je pense qu’à la fin des années 70 commence la tristesse. Les grandes années c’est l’après-guerre, les années 50, Barbara, Ferré, Ferra, Brel, Brassens, avec la chanson poétique, littéraire. C’est incroyable de penser que dans la même décennie tous ces artistes existent. Si aujourd’hui on avait ça, on serait sauvé. Ensuite nous avons les années 60 durant lesquelles on entre dans la variété, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Sheila… Puis les années 70, que j’aime beaucoup même si nous ne sommes pas dans le même registre que dans les années 50. Donc, durant 3 décennies, 50, 60 et 70 existe une vraie richesse. Les années 80 sont moins fondatrices, moins riches, tout comme les années 90 et 2000. Je ne suis pas passéiste ni nostalgique. Objectivement, nous n’avons pas la même richesse que ce que l’on a eu à partir des années 50.

On trouve dans ce livre Dalida, Barbara, toutes ces femmes au destin tragique. Raison pour laquelle tu les aimes. A-t-il été facile de rester objectif ?

C’est un livre assez objectif. Ce livre est descriptif, anecdotique. C’est vrai que les artistes dont j’apprécie le talent sont présents, leur présence est justifiée car ces artistes ont joué un rôle important dans l’histoire de la chanson et dans la trame de l’histoire de la chanson que je voulais tracer. Je suis resté objectif. Ce n’est pas un livre où je règle mes comptes. Mon livre relate l’histoire de la chanson. Je n’ai pas fait comme Pascal Sevran dans l’un de ses livres il y a quelques années, untel est nul, untel est formidable. Je n’aurai jamais osé faire ça, qui suis-je pour juger ainsi les gens ?

Le récit de ce roman est ponctué par des repères sur l’industrie du disque et le support disque en particulier. Aujourd’hui il est possible d’écouter de la musique sans aucun support, si ce n’est un ordinateur ou un iPod. Comment vois-tu l’évolution du disque, du support pour les prochaines années ?

Oh je le vois complètement disparaître. D’ici une dizaine d’années, il n’y aura plus de CD, j’en suis persuadé. Je vois autour de moi, les gens n’achètent plus de CD ou alors il y en a un qui l’achète et qui le copie à ses quinze copains. Il fait trouver une autre solution. On va vers autre chose, il ne faut pas refuser le progrès. Le MP3 a beaucoup d’avantages aussi. Le problème est que l’industrie musicale puisse prospérer malgré tout et produire des nouveaux talents et que la création ne soit pas enterrée. Même avec la loi Hadopi, empêcher le téléchargement est impossible. Internet est un puis sans fond.

Tu n’es pas tendre avec le formatage de certaines émissions de France Télévisions actuellement diffusé. Mais le show des Carpentier n’était-il pas déjà un formatage ?

Oui, il pouvait paraître formaté. J’ai bien connu Maritie Carpentier à la fin de sa vie, c’est une femme que j’aimais beaucoup, c’est grâce à moi que Maritie a publié ses mémoires chez Anna Carrière. J’adorais cette femme car elle avait une vraie conscience artistique. Elle avait envie de créer. C’est une femme qui est allée aux États unis, fascinée par les comédies musicales américaines, elle se dit, à la télévision, en France je veux faire ça. À l’époque c’était complètement novateur, des décors incroyables, il y avait des dizaines de décorateurs qui montaient des décors pour une soirée, un spectacle. Il y avait une vraie innovation. Il fait savoir aussi qu’à cette époque-là les artistes se prêtaient aux choses. Maritie les contactait directement, et tout le monde se retrouvait à la maison pour mettre en place l’émission. Aujourd’hui les artistes ne se prêtent plus à rien, si ce n’est les enfoirés qui vont créer un spectacle pour une soirée. Aujourd’hui il faut passer par des secrétaires, par des attachés de presse, par des chefs de produits. Puis l’artiste n’a aucune envie de bosser pendant huit jours pour étudier une chanson, répéter une chanson qui ne fait pas partie de son répertoire. C’est tout ce petit monde qui a changé. Nous sommes rentrés dans cette professionnalisation du métier d’artiste alors qu’avant on était dans l’artisanat. Aujourd’hui les artistes ne sont plus des artisans, ce sont des industriels.

 


Actu

Actu

© Patrick Roulph pour wag et www.leguidegay.com avril 2010