« C'était en mai, un samedi » David Lelait-Helo

 

Photo (c) Jean-Philippe Raibaud

« C'est seule et silencieuse qu'elle a rompu ses jours. Elle n'a lancé aucun appel, ne laissant que sept mots griffonnés, ''Pardonnez-moi, la vie m'est insupportable'' ». C'est ainsi que David Lelait-Helo, journaliste, écrivain et biographe présente son nouveau roman « C'était en mai, un samedi » paru aux Editions Anne Carrère. Pour ce nouveau roman entièrement dédié à Dalida, disparue voici 25 ans, David Lelait-Helo a imaginé l'histoire des dernières heures de Dalida. « Elle compose un numéro au hasard... à l'autre bout du fil, une femme... Allô, je m'appelle Yolanda, je vais mourir... Deux heures s'écouleront. Ce n'est pas la vérité, à moins que... ». Interview.

 

leguidegay : « C'était en mai, un samedi » ton nouveau roman, relate les dernières heures de Dalida en imaginant une conversation téléphonique avec une inconnue. Comment est née cette idée de roman autour des dernières heures de Dalida ?

David Lelait-Helo : Je souhaitais que Dalida devienne une héroïne de littérature, car je pense qu'elle en a le profil, la dramaturgie. Et puis je souhaitais enfin donner la parole à la femme, à Iolanda, et non plus à la diva, Dalida, qui a pris tant de lumière au détriment de la femme, de la mère, de l’épouse qu’elle aurait aimé devenir.

Cet échange entre les deux femmes révèle des zones plus ou moins sombres chez chacune d'elles. Quelle idée as-tu voulu développer ?

L’axe central, c’est le chemin de Iolanda vers la mort, et le chemin de Sophie vers la vie. Elle vient en effet de divorcer, d’embrasser une nouvelle vie. L’une déconstruit ses jours tandis que l’autre les reconstruit. Mais en chemin pourtant elles se trouvent une communauté de pensée, un réel partage, une intimité de femmes. L’une a tout vécu, l’autre a la sensation d’avoir vécu dans l’ombre de son mari et de ses gosses. L’une envie le destin de l’autre et vice versa. Quelle vie est finalement la meilleur ?


Le roman est etayé de nombreuses parcelles de vies de Dalida, en particulier celles relatant ses vies sentimentales ou amoureuses. On peut penser que c'est le centre même du désespoir, de la solitude de Dalida.

Oui, en partie. Mais il y a un mal de vivre profond qui remonte à l’enfance, à la faillite de sa relation avec son père. La grande part de son chagrin est aussi l’absence d’enfant, et bien sûr une solitude tenace qui la rattrape la cinquantaine passée.


Dans ce roman, une femme à l'autre bout du fil, Sophie, Madame tout-le-monde. Peut-on déceler des points communs entre les deux femmes ? Ou plus précisément, quelle(s) chose(s) en commun vont-elles mettre ensemble ?
Elles ont en commun la recherche de l’amour, Iolanda n’a cessé de chercher le vrai, Sophie s’est jeté à corps perdu dans le premier amour perdu sans se poser de question, au final elle a été trahie. L’une a aimé beaucoup d’hommes, l’autre un seul, mais toutes deux ont la sensation douloureuse de s’être trompées. Elles ont en commun une blessure profonde mais elles sont très différentes quant à la manière de la supporter, l’une est légère, l’autre se sent lourde, lasse. Et puis il y a entre elles de l’humour, une tendresse, une proximité tandis qu’elles ne se connaissent pas.


Ce roman « C'était en mai, un samedi » est totalement imaginaire mais vu que le hasard dans l'écriture d'un roman n'existe pas, comment est né ce personnage féminin à l'autre bout du fil ?

De mon imagination, mais disons qu’il est l’image inversée de Iolanda, Sophie est celle que Iolanda aurait aimé être. Comme l’image fantasmée du bonheur selon Iolanda, le mari et les enfants dont elle a tant rêvé…


S'il fallait décrire cette femme à l'autre bout du fil, sa personnalité. Comment la décrirais-tu ?

Rieuse, gourmande, droite, franche, vivante, pinçante


Le choix d'un personnage féminin à l'autre bout du téléphone n'est pas annodin. On assiste à un échange, une conversation de femmes. Que voulais-tu faire surgir de ce dialogue ?

Ce devait être une histoire de femmes ! D’abord parce que j’écris mieux sur les femmes… et puis surtout parce qu’elles devaient être sur la même ligne, sur le même terrain. C’est un face à face où ces deux femmes sont ex æquo. Qu’importe la gloire et la fortune de l’une des deux.


Plongeons-nous dans l'histoire du roman. Quelle a été la motivation de Iolanda pour saisir le téléphone et composer un numéro au hasard, tout en sachant qu'elle était condamné puisque décidée à mourir. Iolanda avait-elle une attende particulière dans ce coup de fil ?

Parler, enfin parler, tandis que Dalida avait pris toute la place dans sa vie. Dire enfin, presque pour la première fois, qui elle avait été. Partir en parlant enfin de sa propre vie et non pas de celle de Dalida, sa créature, son double de lumière. Elle ne cherche pas de consolation, ni à être contrariée dans son projet, elle veut juste partager. Une fois au moins. Dire ce qu’elle n’a pas dit.


Le chemin de Dalida et celui de Iolanda sont étroitement liés. Tout au long du récit, leurs chemins se frôlent. Iolanda a du mal à dire qu'elle est « aussi » Dalida, à moins que ce ne soit Dalida qui interdise à Iolanda la permission de dire une vérité. Laquelle des deux souffrait le plus ? Dalida ou Iolanda ?

Dalida n’existe pas. Seule compte Iolanda. Dalida est une créature de papier glacé, une image volatile et pailletée inventée par la femme de chair et de sang qu’était Iolanda. Iolanda ne cesse de souffrir tandis que Dalida triomphe et brille.


Tout au long du récit, tu accentues le fait que le malaise voir le mal être de Dalida est présent depuis de nombreuses années. J'ai l'impression qu'accentuer ce point était important pour toi, écrivain. Comme tu accentues la présence de son frère dans sa vie. Une présence pas toujours bienveillante.

Il est présent les deux dernières années et aussi entre 67 et 71, lors de ses années d’hiver comme elle disait, sa période de reconstruction après sa tentative de suicide. Entre Dalida et son frère, c’était avant tout une relation de travail et de création, il prétend ne s’être pas mêlé de la vie privée de sa sœur, il respectait dit-il ses silences, ses pudeurs.


Sans dévoiler la fin du roman, on peut quand même dire que la direction prise par le récit est un choix tragique. Comme Iolanda, Sophie choisit sa mort, en Suisse où le droit de mourir est reconnu. Malgré tout, tu laisses le doute planer avec la dernière phrase « Après personne ne sait... ». Je m'adresse à l'auteur. Quel sens donner à cette phrase ? Du moins, quel sens, as-tu voulu donner à cette dernière ligne ? Peut être n'aime-tu pas le mot fin et laisse-tu le lecteur seul avec sa propre imagination.

Non je ne veux pas que l’on parle de la fin du livre, on n’évoque pas l’euthanasie de Sophie… Ce n’est pas un choix tragique, c’est un choix de liberté. Je suis pour la liberté absolue, y compris la liberté pour le lecteur d’imaginer sa propre fin…


Le roman se termine avec le dernier couplet de la chanson « A ma manière ». Durant sa carrière, Dalida a interprêté de nombreuses chansons avec des textes que l'on dirait calqués sur sa vie intime, sur sa vie de femme. Je pense à « Téléphonez-moi », « Ô Seigneur Dieu » inclus dans un chapitre du livre ou encore le célèbre « Mourir sur scène ». L'entourage de Dalida, puisqu'elle n'écrit pas ses textes, avait quand même conscience d'un mal être.

Oui, c’est étrange, des textes comme A ma manière, Partir ou mourir, Et la vie continuera, Bravo, Pour en arriver là, Ensemble, Je m’appelle Amnésie nous en disent très long du désarroi de Dalida. Personne n’a voulu voir… Il est difficile d’intervenir dans la vie de quelqu’un et plus encore lorsque la personne est puissante, qu’elle est une femme de tête. Comment savoir véritablement que le pire est en train de se jouer. Beaucoup de proches ont senti le vent tourner, l’orage venir mais se sentaient sans doute impuissants à l’empêcher.


Je m'adresse à présent au biographe. Tu as écrit plusieurs ouvrages sur Dalida, dont « D'une rive à l'autre » réédité chez J'ai lu et « Dalida » réédité aux Editions Payot. Tu connais bien la vie de Dalida. Même si un suicide arrive de façon brutale, c'est un mal qui sommeille à l'intèrieur de la personne. D'après toi, qu'elle aurait été la goutte d'eau qui aurait fait déborder le vase ce mois de mai 1987 ?

C’est simple, c’est ce triste week-end de 1er mai lorsque le dernier homme, François, un médecin, annule leur rendez-vous du samedi soir. Elle espérait que cette histoire durerait tandis que pourtant elle s’effilochait. Lui n’avait pas vraiment le courage d’y mettre un point final. Cette annulation est en effet une goutte d’eau sur un vase déjà plein… Pourtant elle avait des projets pour la semaine suivante, des projets professionnels à venir… La mort s’est décidée en 48 heures je pense.


Enfin dernière question. De ton appartement parisien tu as vue sur la Basilique du Sacré Cœur de Montmartre, quartier où vivait Dalida. Lorsque tu regardes par la fenêtre et que le Sacré Cœur te fait de l'oeil, penses-tu à Dalida ? Et que penses-tu ? Quels sont les mots, les sentiments qui te viennent à l'esprit ?

Non pas vraiment, je ne pense pas à elle au quotidien. Par contre, le temps de l’écriture, j’ai vécu une sorte de communion avec elle. J’ai recherché en moi ses émotions, ses mots, sa joie, sa souffrance, quelque chose de son souffle.

A l'occasion de cet anniversaire, deux précédents ouvrages de David Lelait-Helo sur Dalida sont réédités : « Dalida, D'une rive à l'autre », chez J'ai Lu, édition poche et « Dalida » aux Editions Payot.

Retrouvez l'auteur sur son blog http://david-lelait-helo.blogspot.fr

Interview Patrick Roulph © Mai 2012.

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© Patrick Roulph pour wag et www.leguidegay.com mai 2012